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Au rythme du canal
Photographies : Jérômine DERIGNY

 
Sur le trois fois centenaire canal du Midi, les bateaux de touristes ont complètement remplacé les péniches qui, depuis vingt ans, ne naviguent plus entre Toulouse et la Méditerranée.
De plus en plus de compagnies proposent de louer, l'espace d'un week-end ou d'une semaine, coches d'eau ou house-boat, "pénichettes" et autres vedettes fluviales que l'on peut conduire sans permis.
Rêver au fil de l'eau. Avancer doucement entre deux berges, à l'ombre des pins et des platanes. Ecouter le chant des oiseaux et le vent dans les arbres…
Oublier sa montre et se laisser guider par les parfums et les paysages. C'est l'expérience inoubliable vécue, cet été par deux familles sur le canal du Midi.
Conduire une "pénichette" n'est pas un jeu d'enfant. Mais ce n'est pas non plus mission impossible. Comme ses frères et ses copains, le moussaillon Théophile en a fait l'expérience.Il sait qu'il doit tenir bon la barre et rester vigilant: ralentir dans les ports et à l'approche des écluses, éviter de s'arrêter dans les courbes, faire marche arrière toute en cas d'obstacle ou de danger imminent…
Sur l'eau, le temps s'écoule différemment. Avec une vitesse limité à 8km/h, il ne faut pas compter effectuer plus de trente kilomètres par jour. Aller d'Argens à Béziers demande quarante minutes en voiture, deux ou trois jours en suivant le canal…et en prenant son temps !
Constamment renouvelée, l'eau abrite une faune impressionnante: carpes, brèmes, brochets et autres poissons-chats. Ces derniers ne sont pas franchement comestibles, mais leur appétit a contribué à animer notre pêche improvisée. Il a suffit aux garçons d'un fil en Nylon et d'un peu de mie de pain ou de mimolette accroché au bout d'un hameçon pour remplir leur seau. A midi, nous mangerons de la brème aux amandes grillées.
Défense absolue de jeter l'ancre dans le canal. On s'amarre où l'on veut, le long des berges, sauf dans les courbes ou dans les lieux explicitement interdits. Les haltes se font selon l'inspiration du moment.
Le passage de la première écluse s'avère délicat. C'est le véritable baptême du feu du plaisancier novice. La manœuvre sera plutôt mouvementée. Obligée de se mettre à la queue leu leu derrière cinq autres bateaux, notre embarquation-poussée par le vent- se met en travers du canal.
En découvrant les paysages et en parcourant le chemin de halage, on comprend mieux pourquoi le canal du Midi est classé par l'UNESCO patrimoine mondial de l'humanité.
La journée a été chaude. Si la baignade dans le canal n'est pas forcément recommandée, elle n'est pas non plus interdite. Une bonne raison pour les membres de l'équipage de se jeter à l'eau! Une eau à 20° qui provient de la Montagne Noire, au nord de Carcassonne.
Ce soir, nous avons repéré un endroit tranquille, à la fois lumineux et ombragé qui nous permettra de passer la nuit sur le pont, au clair de lune. D'autant que, sur cette partie du canal, les moustiques sont peu nombreux. Les matelas sont déjà en place. La soirée sera belle.