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Bangladesh : le grand débordement
Texte: Donatien GARNIER
Photographies : Laurent WEYL

Extrait du livre Réfugiés Climatiques

Depuis Dacca, il faut une douzaine d’heures de bus pour atteindre Munshiganj.

Après quelques jours d’enquête dans la capitale, c’est dans cette petite commune
située à l’extrémité sud-ouest du Bangladesh, non loin de la frontière indienne et
du golfe du Bengale, que nous avons décidé de nous rendre. Notre équipe est composée
de trois personnes : Laurent Weyl, le photographe, Tihami Siddiquee, un brillant
étudiant de l’Alliance française qui a accepté de nous servir d’interprète, et
l’auteur de ces lignes.
La première partie du voyage se fait dans des conditions relativement confortables.
La suspension du bus est un peu raide, mais la climatisation fonctionne, et les fauteuils
sont équipés d’un incroyable dispositif massant. Nous éteignons rapidement
ce gadget peu efficace et regardons défiler un paysage homogène de rizières et
d’étangs, bordé d’arbres et entrecoupé de cours d’eau. Nous savourons notre tranquillité
car, Tihami nous a prévenus, après la ville de Khulna, le standing va se dégrader.
En clair : nous serons comprimés dans un bus bondé et déglingué, piloté par un
conducteur exténué. Lequel, ignorant manifestement l’utilisation du frein, slalomera
pied au plancher – et poing au klaxon – entre des bus à peine plus lents que
le sien, des tricycles chargés de fagots de jute, d’impassibles piétons et, surtout, de
dangereux alter ego lancés à pleine vitesse en sens inverse. Quatre heures d’inquiétude
qui feront remonter à ma mémoire les angoisses éprouvées, en d’autres
temps, sur les routes escarpées de Bolivie.
De fait, le Bangladesh est aussi plat que les Andes sont accidentées. Nous venons de
nous en assurer en traversant l’immensité chocolatée du Gange. Le ferry n’était pas
particulièrement haut, mais, depuis le troisième pont, nous avions l’impression de
surplomber la platitude infinie du Bengale. Il nous sembla même que si le navire avait
compté un étage de plus nous eussions pu voir l’ensemble de ce pays liquide, delta de
trois des plus grands fleuves himalayens : le Gange, le Brahmapoutre et la Meghna.