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Difficile retour à “Big Easy”
Photographies : Cédric FAIMALI

Deux ans après l’Ouragan Katrina, Bourbon Street donne l’illusion au coeur du Vieux Carré d’avoir retrouvé son entrain, les musiciens y jouent à nouveau des vieux airs de jazz, on vient s’y encanailler le temps d’un week-end. Le Maire de la ville, Ray Nagin se félicitent des projets qui redémarrent : la rénovation du Superdome, la réouverture du Musée d’art dans City Park ou le retour de près de 290 000 habitants. (la ville en comptait 450 000 avant K). Passée les limites du Vieux Carré pourtant, ou à quelques blocs de St- Charles, la ville montre ses plaies encore ouvertes. Des dizaines de milliers de personnes n’ont pas réussi à rentrer et sont toujours dispersées dans des dizaines de villes à travers le pays. Pauvres pour la plupart. Le Lower 9th ward est en grande partie désert et ses habitants n’ont reçu qu’au compte goutte les chèques promis par le gouvernement fédéral.

Sur les 22000 personnes qui vivaient là, seules 900 sont revenues. Cora Charles, une alerte grand-mère de 74 ans, a enfin reçu son chèque. Elle fait partie des 41 000 chanceux qui ont pu passer à la banque, alors qu’ils ont été 181 000 à déposer une demande d’aide. Elle va reconstruire sa petite maison de cyprès. Le bois de la cuisine est déjà choisi, elle hésite encore pour les sols. Cora vit seule dans sa caravane, plantée dans son jardin, depuis mai 2005. Elle n’a pour voisins qu’un vieux lunatique qui occupe une maison en ruines en face, et un grand-père vivant avec son petit-fils de 12 ans dans une caravane brinquebalante. Robert Stark, 51 ans, lui, at tend toujours. Calculette en mains, il dit qu’il lui faut 86 000 dollars pour retaper la maison de briques rouges, dont il ne reste plus que la coque, sur Egania Street, à quelques encablures de celle de Cora. Signe d’espoir pour ces quelques habitants, la réouverture de la Martin Luther King Elementary School, sur Claiborne Avenue, au milieu des ruines et des socles de maisons épargnés par les bullodozers, sonne comme une promesse de retour. On ne condamne pas un quartier qui a une école.

Dans le même temps, les services publics sont réorganisés de fonds en combles lorsqu’ils ne sont tout simplement pas démantelés. « C’est à se demander si la Nouvelle Orléans ne veut pas de débarrasser des pauvres», commente Robert Tannen, un urbaniste de la ville. « En démantelant les services publics, on cherche à décourager les gens de rentrer, ou de rester pour ceux qui sont ici ». Le sort réservé aux logements sociaux est un exemple criant. Bien qu’une partie seulement de ces bâtiments de deux ou trois étages, en briques rouges ou brunes, ont été inondés, seuls 1000 des 5000 appartements occupés avant Katrina ont été rouverts. Les autres ont été mis sous scellés. Le Département fédéral du logement (HUD) veut les remplacer par des logements dits à revenu mixte. Une réduction de fait du nombre de logements subventionnés. Deux terrains de golf verront le jour sur l’emplacement d’un des complexes. Au moment même où ces complexes vont être rasés, la FEMA a annoncé la fermeture des camps de caravanes qui servaient de logements temporaires à des milliers d’évacués et la ville a promis de fermer le campement de fortune des sans abris qui se sont installés en face de la mairie. Estimée déjà à près de 12 000 personnes, la population des sans abris promet de s’accroître rapidement.

La violence a explosé en ville. Crimes crapuleux, meurtres sans motifs apparents, règlements de comptes liés au trafic de drogue, la Nouvelle Orléans ne compte plus les drames sanglants. Pour les sept premiers mois de 2007, la criminalité est en hausse de 37%, comparée à la même période de 2005. Il se commet un meurtre tout les 1,8 jour et la ville détient le triste record de capitale du crime par nombre d’habitants. « Les dealers ont été les premiers à revenir dans une ville qui ne compte plus que 50 à 60% de sa population et ils se disputent territoires et consommateurs », explique Anthony Cannatella, chef adjoint de la police, qui pourrait sans rougir jouer les premiers rôles dans NYPD Blues. Il a le ton bourru et les manières directes des shérifs de série B. « Les experts parlent de problèmes socio-économiques, mais il faut de l’argent pour régler ça, et ça n’est pas le boulot des flics », assène Cannatella, dont les locaux sont répartis dans une dizaine de bungalows parqués dans un cul-de-sac le long d’une voie ferrée, le QG de la police n’ayant toujours pas été reconstruit.

Maria-Pia Mascaro
REDACTRICE EXTERIEURE
mariapiamascaro@yahoo.com