Eau : source de vie source de conflit. Le cas israélo-palestinien
Photographies :
Laurent WEYL
Eau : source de vie source de conflit.
Le cas israélo-palestinien
Avec Jérusalem et les réfugiés, l’eau est au coeur du débat entre Israéliens et Palestiniens. Et qui dit litige à propos de l’eau entre ces deux parties, dit obligatoirement aquifère de la montagne. Cette impressionnante nappe phréatique de 630 millions de m3 alimente aujourd’hui en eau les Israéliens et les Palestiniens. Après avoir pris en compte les susceptibilités exacerbées des uns et des autres, deux conclusions s’imposent : la première est que seule une gestion conjointe de cet aquifère permettra de préserver la qualité de son eau. La seconde est qu’en dépit de son importance cruciale pour les deux parties, une solution, même coûteuse, peut-être trouvée à ce problème afin que l’eau ne soit jamais un obstacle insurmontable sur la voie d’une paix historique entre Israël et les Palestiniens.
El Hader est un petit village arabe aux abords immédiats de Bethléem, en zone A, sous contrôle exclusif palestinien. Un village apparemment sans histoire, sauf qu’ici la canicule de ce mois d’août est plus insupportable qu’ailleurs. Car depuis la fin de l’hiver dernier, El Hader est, comme de nombreuses autres localités palestiniennes, privé d’eau courante. Pour s’approvisionner, les habitants du village doivent acheter au prix fort des citernes d’eau douce fournies par Israël, qu’ils déverseront ensuite dans des puits privés, aménagés à cet effet, près de leur maison. Moussa Issa Salah, l’un des notables du village paraît résigné : “ La situation était mauvaise sous l’occupation israélienne mais depuis l’arrivée d’Arafat, elle ne s’est guère améliorée. A cause du manque d’eau, certains de nos enfants sont malades, sans parler des cultures qui ne peuvent être irriguées ! “.
A quelques centaines de mètres de là se dresse majestueeusement sur le flanc d’une colline l’implantation israélienne d’Efrat. Le contraste est frappant : presque toutes les maisons d’Efrat sont entourées d’un jardin verdoyant. Les systèmes d’arrosage automatique fonctionnent, parfois même en pleine chaleur : “ A Efrat, confirme un habitant, nous n’avons jamais eu le moindre problème d’eau : nous sommes directement fournis par la compagnie nationale des eaux Mekorot et ...tout baigne ! “.
En ce sens, El Hader et Efrat symbolisent cette amère dispute entre Israéliens et Palestiniens autour de l’eau douce, ressource naturelle et vitale dans cette région à haute tension.
Les délicats dossiers de Jérusalem et du problème des réfugiés palestiniens ont été à l’origine de l’échec du sommet de Camp David. Il n’empêche que la question de la répartition de l’eau qui a presque été éludée par la presse, demeure, aujourd’hui encore, l’un des thèmes les plus cruciaux et complexes dans les pourparlers israélo-palestiniens sur le statut définitif des Territoires conquis par Israël en Juin 1967.
Pour les deux peuples l’eau est un enjeu historique, vital et mystique. Pour les Israéliens, l’eau est un peu l’essence du sionisme moderne : sans eau, il n’y aurait eu ni agriculture, ni oranges de Jaffa, ni avocats du Carmel, ni par conséquent les deux mamelles de l’idéologie socialiste que furent le Kibboutz et le mochav. Pour les Palestiniens, l’eau est un besoin vital intimement lié au style de vie très agraire de la population indigène. Qui plus est, depuis le début du processus d’Oslo, l’eau est surtout l’un des principaux symboles de souveraineté, brandi par les dirigeants palestiniens.
Une donnée pourrait suffire à résumer la quintescence du problème : la consommation d’eau par habitant israélien est de 108 m3 par an contre 35 m3 par an pour les Palestiniens. Cette discrimination, qui était encore plus importante dans le passé, reste flagrante. Pour tenter de l’expliquer, un rappel géopolitique s’impose.
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Texte : Daniel HAIK, Jérusalem 2001.