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Kosovo, Macédoine : la guerre en intérim
Texte : Sébastien DAYCARD HEID
Photographies : Guillaume COLLANGES

 
Enclavés, en quête de statut, les Kosovars, qui n’ont plus de visa pour voyager en Europe, se tournent vers l’Amérique pour envisager leur avenir. Comme pour les émigrés d’Ellis Island, la statue de la Liberté à côté du bureau de recrutement de KBR pour l’Irak et l’Afghanistan, porte en elle la promesse d’une vie meilleure.
A Prishtina, les paraboles existent depuis l’abolition du statut d’autonomie du Kosovo par Milosevic en 1988. Aujourd’hui, c’est vers CNN que se tournent les antennes des foyers de ceux qui partent en Irak.
Facade de magasin, Prishtina. Le Kosovo est un pays sans statut, sans banque centrale et donc sans monnaie, où l’euro a remplacé le Deutschemark. L’inflation y est galopante. Le passage à l’euro au taux d’un deutschmark pour certains produits a ravagé le pouvoir d’achat des Kosovars. Ce qui n’empêche pas les magasins de luxe de prospérer dans les rues de Prishtina.
Sur le toit de l’hotel Victory, nommé en hommage à la libération du Kosovo par l’Amérique. Muarem Syla, propriétaire de l’hotel : « Je ne retirerai pas la statue, même s’il y a des morts en Irak et en Afghanistan. Ces gens sont pauvres et ils n’ont pas d’autre choix que de risquer leur vie pour assurer un revenu à leur famille ».
A Prishtina, boulevard Bill Clinton trône le portrait du président américain, en hommage à son action pour la libération du Kosovo en 1999. Les Etats-Unis assurent toujours la sécurité du Kosovo, notamment au sud-est à Férizaj. Les Kosovars dans leur ensemble voient toujours dans les Etats-Unis leur « meilleur ami ».
Ali Azizi a adopté l’american way of life.
« Il n’y a qu’à voir les jobs proposés, 500 en Irak, 200 en Afghanistan pour s’apercevoir que le roulement est grand. Les Américains ont besoin de civils pour faire l’intérim.
Je postulerais pour n’importe quoi, charpentier, plombier. S’ils me disent fais ça, je le ferai. Mais s’ils me demandent de travailler en dehors de la base, je refuserai et partirai ».
Campus de Prishtina. Au Kosovo, où la moyenne d’âge est inférieure à 24 ans, les jeunes sont nombreux à partir en Irak et en Afghanistan pour échapper aux conditions économiques. Souvent engagés dans l’UCK, ils passent alors d’une guerre à l’autre pour assurer leur subsistance.
Au Kosovo, c’est avec beaucoup de mal que les jeunes tentent de suivre la voie indiquée par les héros de l’indépendance nationale. 57% des jeunes du Kosovo, âgés de 15 à 26 ans, vivent dans une situation de grande pauvreté. S’ils le pouvaient, 50% des jeunes quitteraient le Kosovo. Les résultats accablants d’une enquête récente conduite par l’UNDP auprès des jeunes.
Le camp Bondsteel, construit par KBR, emploie des locaux pour assurer les services aux militaires. 1500 habitants de Ferizaj y travaillent.
Au camp Bondsteel, les soldats américains sont présents mais plus pour longtemps. Les effectifs sont en diminution constante et 4 bases ont déjà fermé, ce qui sonne la fin du contrat de KBR. Alors l’entreprise recrute ses anciens pour les faire partir en Irak et en Afghanistan.
Comme à Bondsteel, les bases américaines sont aujourd’hui de véritables villes. Burger King, Taco Bell, barbier, coiffeur, centre commercial, pour faire fonctionner tous ces commerces, il faut du personnel que l’armée recrute souvent sur place. Sauf en Irak, où l’armée préfère embaucher de la main d’œuvre immigrée pour faire tourner les affaires.

Comme à Bondsteel, les bases américaines sont aujourd’hui de véritables villes. Burger King, Taco Bell, barbier, coiffeur, centre commercial, pour faire fonctionner tous ces commerces, il faut du personnel que l’armée recrute souvent sur place. Sauf en Irak, ou l’armée préfère embaucher de la main d’œuvre immigrée pour faire tourner les affaires.

Comme à Bondsteel, les bases américaines sont aujourd’hui de véritables villes. Burger King, Taco Bell, barbier, coiffeur, centre commercial, pour faire fonctionner tous ces commerces, il faut du personnel que l’armée recrute souvent sur place. Sauf en Irak, ou l’armée préfère embaucher de la main d’œuvre immigrée pour faire tourner les affaires.
Là ou les Américains installent leur base, une économie se crée. A Bondsteel, les locaux tiennent aussi des petits commerces, souvenirs, jouets, pour les soldats. Ils sont diplômés pour leur participation à l’effort américain au Kosovo.
Combien sont-ils ces nouveaux supplétifs ? 165 000 personnes ont contacté KBR l’an dernier pour travailler en Irak, en Afghanistan et au Koweit. 100 000 civils travaillent ainsi en Irak… KBR en emploie la moitié. 770 travailleurs civils sous contrat sont morts l’année dernière en Irak sans que l’on en parle. Car les civils sous contrat sont les invisibles des armées modernes.
Blanchisseur, serveurs, camionneurs, logisticiens, cuisinniers, plombiers, charpentiers, électriciens, maintenance informatique, traducteurs, les métiers réalisés par les employeurs de KBR sont innombrables.
Les employés de KBR, nouveaux appelés des guerres modernes, comme ici sous la bannière du Stars and Stripes, le drapeau américain à Bondsteel. Comme dans toutes les bases américaines, les civils employés par KBR effectuent toutes les tâches que l’armée ne veut plus faire pour mieux assurer ses missions militaires.
Faik Grainca, maire de Ferizaj, où 2 000 personnes sont parties travailler pour KBR : « Nous sommes chanceux que les Américains soient basés ici. C’est pour cela que les habitants de Ferizaj sont prioritaires pour partir en Irak et en Afghanistan. D’ailleurs, c’est très bon pour la ville et cela nous évite d’assister socialement les gens ».
Avdi Alijaj, logisticien, rue Vellezit Frasheri à Ferizaj, où vivent 20 familles d’employés de KBR en Afghanistan. « On est moins chers pour la compagnie, je suis payé 5 000 dollars quand un Américain est payé 6 500 dollars pour le même boulot. Et je suis plus motivé. J’ai aussi pu donner un toit à toute ma famille et à mon père qui ne touche plus que l’aide sociale depuis que sa pension est bloquée à Belgrade. Alors si je meurs tant pis, ma femme recevra 77 000 dollars. Mais si je suis blessé, alors c’est la poisse ».
Besim Berisha a démissionné de KBR pour finalement reprendre le magasin de chaussures familial. « J’ai un fils et deux filles, pour moi ce sont les meilleures raisons d’arrêter. Travailler au camp Anaconda, c’est comme être en prison. Tous les jours on peut entendre les tirs de mortiers autour du camp. Même les Américains ne veulent plus faire ce type de travail. C’est pour cela qu’il y a tous ces sous-contractants. Moi, j’avais besoin de vivre, même si c’est une question d’argent. Mon frère, lui, a choisi de rester en Afghanistan »
Ilber Xhaferi, 29 ans et Besim Idrizi, 42 ans, tous deux blanchisseurs, et Shpendim Idrizi, conducteur de camions. « Nous sommes heureux avec Ecolog autant que les Kosovars avec Bill Clinton. Ecolog est à la fois le père et la mère des Albanais de Tétovo. Dieu bénisse son propriétaire ! »
Ilber Xhaferi, 29 ans, ancien combattant de l’UCK. « Dans les bases, il y a aussi beaucoup de travailleurs indiens, philippins, népalais, pakistanais. Eux ils travaillent à 300 dollars par mois et ca nous inquiète pour l’avenir. Mais Ecolog fait du bon boulot et pour l’instant, KBR lui fait confiance ».
Tefik Saiti, 42 ans, conducteur de camion. « Je suis conducteur de camions pour Ecolog, un sous-contractant de KBR. A KBR, les conditions sont sensiblement meilleures pour les pauses, le boulot, le couchage et la paye, trois fois plus élevée. J’ai donc postulé à la foire à l’embauche mais ça n’a pas abouti ».
Svetlana, femme d’expatrié en Irak, habite un immeuble construit pour les familles d’expatriés. « Le bonheur pour moi en ce moment c’est de pouvoir offrir à mes enfants ce qu’ils veulent. En même temps, cet argent je ne peux pas vraiment l’apprécier, puisque mon mari n’est pas à la maison ».
Igor s’occupe des enfants depuis que sa femme est partie travailler comme cuisinière en Afghanistan. « Ma femme va rester aussi longtemps que possible. J’ai aussi postulé comme mes frères. C’est mieux si on y travaille tous les deux, ça fait moins d’années à attendre, mes parents s’occuperont des enfants ».
Igor Andahovic : « C’est dur d’être séparés, on communique tout le temps par sms. Je regarde CNN tous les jours pour voir ce qui se passe à Bagram. Je pense que c’est dangereux, mais dans la base, avec KBR, elle se sent en sécurité ».
Lilija Markovic, 45 ans, femme de disparu à Kumanovo. « Dragan est mort et depuis l’affaire est classée sans suites. C’était du trafic d’êtres humains, tout était illégal ! »
Famille Markovic à Kumanovo. Le 3 août 2004, Dragan Markovic est recruté par un ancien de KBR, Sergio Tanguma. Avec 18 autres travailleurs de Kumanovo, il prend un avion privé. Caché dans les toilettes de l’aéroport à Beyrouth, puis derrière les rideaux du bus à la frontière irakienne et jordanienne, ils arrivent en Irak. Trois ans après, sa femme Lilija n’arrive pas à reconstituer le puzzle. « Avec Dalibor et Zoran, mon mari dormait dans des tentes avec des travailleurs irakiens, ils ont été kidnappés 17 jours après leur départ lors d’un convoi et exécutés par l’armée islamique d’Irak. Mais je n’ai jamais eu la preuve de sa mort. Le contractant a pris tous mes documents, c’est comme si cette histoire n’était jamais arrivée. Quant à Sergio Tanguma, il a disparu sans laisser d’adresse… »