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Kosovo, Macédoine : la guerre en intérim
Texte: Sébastien DAYCARD HEID
Photographies : Guillaume COLLANGES

Irak, Afghanistan : en ex-Yougoslavie, la guerre se fait désormais en intérim
 
Prishtina, le 7 avril 2007. A coté de l'hôtel Victory, surmonté d'une statue de la liberté en hommage à la libération du Kosovo par l'armée américaine, chaque jour, une trentaine de kosovars se présentent au bureau de recrutement de Kellog Brown and Root (KBR). Il y a quelques années, cette filiale d'Halliburton embauchait des « locaux » pour fournir les services dans les bases des Balkans que l'armée américaine n'assure plus pour se concentrer sur ses missions militaires. Aujourd'hui, alors que l'armée américaine se désengage du Kosovo, c'est pour partir en Iraq et en Afghanistan que les volontaires se pressent. Les annonces parues dans la presse et sur Internet pour ces foires à l'emploi en Bosnie, en Macédoine, en Croatie, au Kosovo sont à chaque fois les même : tous les profils sont acceptés pour ces postes situés dans des zones de guerres, ce qui implique la possibilité de subir des « nuisances » du fait de tirs amis ou ennemis…
 
Quinze jours avant, à Skopje, en Macédoine, 40 000 candidats s'étaient présentés pour pourvoir à 500 postes en Irak et 200 en Afghanistan. Le roulement est important et KBR a besoin désormais de volontaires confirmés et motivés, pour remplacer les désistements.
Mais en ex-Yougoslavie, partir en Irak ou en Afghanistan est devenu un travail comme un autre, alors que les frontières se ferment à ces exclus de l'élargissement de l'Union européenne. Car aujourd'hui, les Balkans sont devenus grands pourvoyeurs de main d'œuvre, mercenaire et privés en tout genre pour les zones de guerre. Les raisons sont multiples, l'appât du gain (5000 dollars par mois pour des contrats d'un an renouvelables), l'expérience du conflit et des bases américaines, qui les emploient déjà dans les Balkans.
 
Charpentiers, électriciens, conducteurs de camions, blanchisseurs, logisticiens, informaticiens, tous ces emplois proposés par KBR portent en eux la promesse d'une vie meilleure. Dans les villes ou sont situées les bases, le phénomène a crée un appel d'air. Il y a trois ans, il s'agissait d'aventuriers qui n'avaient pas froid aux yeux et qui, parfois, y ont laissé leur vie. Aujourd'hui, mères de famille, étudiants, fonctionnaires, médecins, tous veulent leur part de fortune. Car les expatriés des bases de la guerre contre le terrorisme forment aujourd'hui une caste de privilégiés, qui vivent, mangent et habitent ensemble dans des complexes immobiliers ou simplement des rues connues pour leur « standing » dans des pays qui n'ont toujours pas retrouvé leur niveau de vie d'avant-guerre. En dehors de KBR, des agences de recrutement prospèrent pour les mêmes missions, ainsi que des intermédiaires peu scrupuleux.
 
Une fois partis en Iraq et en Afghanistan, ils sont alors les invisibles des bases, les chevilles ouvrières qui remplissent des missions essentielles à ces villes dans les villes que sont les bases modernes, tout en subissant eux aussi certains risques encourus par les soldats, mortiers, IED, kidnapping. Pour rappel, 800 personnes civiles sous contrat avec le Pentagone sont décédées en Irak et en Afghanistan jusqu'à ce jour. Mais pour un soutien de famille, le risque n'est rien comparé au salaire perçu.
 
Angle : Un sujet qui traiterait à la fois de la situation sociale en Macédoine et au Kosovo et de la privatisation et de la mondialisation des conflits sous un autre angle. Qui sont ces gens prêts à partir risquer leur vie pour remplacer des employés américains qu'Halliburton n'arrive plus à recruter ? Pourquoi aller recruter des ex-Yougoslaves ? Avec Guillaume Collanges, photographe membre du collectif Argos, nous avons suivi et fait le portrait des candidats et des reçus avant leur départ. Nous avons aussi rencontré ceux qui travaillent déjà à Baghdad ou Bagram et ceux qui ont démissionné. Nous avons enfin rencontré une famille de disparus et plongé dans l'univers des contractants, KBR, et sous-contractants ou agents en tout genre.
Actualités : Discussions sur le statut du Kosovo, vote du congrès américain sur un retrait d'Irak.


Texte : Sébastien DAYCARD-HEID
 

Contacts et éléments du sujet :
 
Interview de KBR
 
Reportage au camp Bondsteel au Kosovo
 
Interview de postulants, d'employés, de démissionnaires
 
Reportage dans leurs villes, situées à proximité des bases US, ainsi qu'a Prishtina.