Nous devions rencontrer Moussa au siège de l'association Keoogo. C'est au commissariat central de Ouagadougou que nous faisons sa connaissance, assis à même le sol, au milieu d'une dizaine de jeunes de 7 à 15 ans. Ils ont été raflés par la police après un vol de téléphone portable. Les coupables ayant été identifiés, trois membres de Keoogo arrivent pour prendre les autres en charge.
La capitale compte selon les estimations, entre 7 000 et 8 000 "bacroman" (enfants des rues): orphelins du sida, victimes de maltraitances… Flanqué de son cousin Léo, Moussa, 9 ans, écume tous les jours les carrefours, les marchés ou encore les parkings pour y mendier quelques francs CFA, un peu de riz, un fruit…
Ils portent quelques courses ou les bagages, on leur confie des messages à transmettre. Avec des petits bonheurs au programme. Ce matin, c'est séance vidéo.
La salle est à ciel ouvert, l'écran n'est pas plus grand que celui d'une télé mais, pour un tarif dérisoire, le rêve est au rendez-vous.
Midi à peine passé, ils font le guet à la porte du restaurant le plus proche et se ruent sur les assiettes non finies pour récupérer les restes.
Midi à peine passé, ils font le guet à la porte du restaurant le plus proche et se ruent sur les assiettes non finies pour récupérer les restes.
Moussa montre des tubes de colle ayant servi à sa bande à se défoncer.
Par pure provocation, Moussa souffle dans un pochon vide de colle, pour mimer ses défonces, et invoquer la promesse d'un prochain paradis artificiel.
Deux ou trois soirs par semaine, Keoogo organise des tournées là où les enfants dorment sur des terrains vagues, pour les rassurer, soigner leurs plaies, discuter… Mais à cette heure là, les joueurs de foot du début de soirée sont devenus des zombis défoncés à la colle.
Les parents doivent être partie prenante dans la réinsertion de leur fils. Décision est donc prise d'aller à leur rencontre. Quatre heures de route avant d'arriver à un village perdu dans la brousse.
Sur la route, Moussa rencontre son oncle qui s'empresse d'aller avertir le village.
Installés à l'ombre de l'un des rares arbres, les éducateurs expliquent longuement leur démarche. Le père de Moussa, coiffé du keffieh rouge autorise l'association à s'occuper de son fils.
Après l'accord donné par son père, le garçon va dire au revoir à sa mère, Tindano.
Les parents de Moussa ont eu très peur, imaginant leur garçon victime de trafiquants ou de "coupeurs de route".
"Chez Fati. Couture mixte, hommes et dames", l'atelier minuscule abrite deux ou trois couturières.
Moussa, timide, explique son projet: il veut devenir tailleur, comme son oncle, puis revenir travailler à son côté au village.
Pour l'instant, Moussa ne veut pas entendre parler d'école. Patrice n'essaye pas de le convaincre:"il faut qu'il se rende compte par lui même qu'il est utile de savoir compter et écrire, même dans un atelier de couture. Et il réclamera alors d'être scolarisé, même à temps partiel."
En fin de journée, une séance de dessins libres est organisée par l'association Keoogo. Les gosses manquent rarement ces rendez-vous. La plupart des dessins présentent des traits tracassées, des formes perturbées.
L'association instaure cette activité, car elle est une initiation à l'école, et permet de mieux les connaitre.
Moussa, lui, a dessiné le drapeau de son pays et plusieurs maisons multicolores. Patrice, le psychologue étudie chaque œuvre.
Pendant les premiers mois de sa réinsertion, Moussa sera accompagné par son référent, Sylvain, qui sait que l'expérience ne sera pas facile: "Petit à petit, Moussa va se couper de ses anciens copains car son langage va changer, ses vêtements aussi. Notre rôle est de faire en sorte qu'il ne soit pas perçu par eux comme un traitre, mais comme un modèle."