« Un réchauffement général est observé depuis plusieurs décennies, avec des épisodes pluvieux ou ensoleillés plus longs. Si la tendance se poursuit, nous allons vers un climat plus contrasté au nord de la Loire, avec des intersaisons moins marquées
qu’auparavant », souligne François Marquinez,
délégué départemental de Météo France.
Nicolas Viovy travaille sur la réaction des végétaux et l’absorption du carbone : «La hausse des températures augmente l’évapotranspiration et crée un stress hydrique des cultures, dit-il. Le mieux serait d’utiliser des espèces moins gourmandes en eau et de labourer moins pour permettre au sol de stocker davantage de carbone ».
Le botaniste Jean Guittet s’inquiète de l’acclimatation d’espèces du sud de la France, arrivées accidentellement par le biais de transports. Comme la Sporobole d’Inde que l’on voit en zone urbaine, à Brunoy. Autre nouveau venu : le Séneçon du Cap, d’origine sud-africaine, que l’on trouve à Limours.
D’après Philippe Lameloise, directeur d’Airparif, de fortes chaleurs influent sur les niveaux d’ozone, dont la concentration augmente lorsque se maintiennent des conditions anticyloniques. Sur les dix dernières années, les pertes de rendement dûes à l’ozone sur le blé sont estimées à 10%.
Dans les forêts privées, Jean-Luc Bartmann et Guillaume Courboulay, experts forestiers, pratiquent des éclaircies afin de favoriser les jeunes pousses, lesquelles absorbent le plus de CO2. En diversifiant les peuplements, on peut aussi protéger la forêt des tempêtes, et la régénérer. Près de Fontenay-les-Briis, la tempête de 1999 n’est plus qu’un mauvais souvenir. Par contre, la sécheresse de 2003 a affaibli les châtaigniers, qui ont souffert de maladies, le chancre et l’encre, et de la multiplication des parasites.
Au sud d’Etampes, en plein mois de février, René Godeau essuie du plat de la main une poussière brune sur le pare-brise de son tracteur. Il laboure un sol sec, espérant faire les semis au bon moment. « Il faut trouver le bon créneau et comme le temps est aléatoire, c’est la roulette. Le colza n’a pas levé l’année dernière, il n’y avait pas d’eau. On sème donc plus tôt cette année… ». René lui a déjà changé ses habitudes. Il a substitué la culture du maïs par celle d’espèces plus rustiques et moins gourmandes en eau : le blé, le blé dur, la fèverole, le sarrasin, la luzerne et le tournesol.
À Méréville, Christian Barberot, producteur de cresson, veille jalousement sur ses sources affleurantes, essentielles à la pousse de cette plante semi-aquatique. Plusieurs années sèches ont empêché la recharge de la nappe des calcaires de Champigny, en baisse continue depuis 2003.
Dans un quartier de Gif sur Yvette, cette maison aux murs lézardés va voir ses fondations revues et corrigées. L’alternance de grosses chaleurs et de fortes pluies a provoqué la rétractation puis la dilatation du terrain argileux, endommageant 19 habitations.
En l’espace de 12 ans, la vallée de la Bièvre a essuyé six crues décennales. Les barrages et bassins d’expansion télégérés ont permis de limiter les dégâts à quelques caves inondées. Mais l’avancée de l’urbanisation, en favorisant le ruissellement, menace ce fragile équilibre.
Papier, carton, polystyrène : de nombreux déchets, qui dans une décharge dégagent du gaz à effet de serre, peuvent générer du biogaz grâce à des accélérateurs de fermentation. À Varennes-Jarcy, le SIVOM de la vallée de l’Yerre et des Sénarts produit grâce au méthane 18 millions de kilowatts pour 100 000 tonnes de déchets. Autosuffisante, l’usine projette de faire rouler ses bennes à ordures au biogaz.
Marcoussis, l’ouverture d’une station Gaz Naturel Véhicule (GNV) pour les particuliers, les entreprises et les cars d’Orsay, a réduit les émissions de particules et de CO2 par rapport au diesel.
La culture sur bois raméal fragmenté est une méthode pour régénérer les sols appauvris. À Verrières le Buisson, Lionel Furic utilise cette technique canadienne pour recréer de l’humus et améliorer la qualité et la quantité de ses légumes. Tout cela sans utiliser le labour, qui accélère la décomposition de la matière organique et dégage du méthane.
La proximité, le goût et l’initiation à la cuisine des légumes de saison ont convaincu Viviane Bannier d’adhérer à une Association pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP), près de Dourdan : « Pour moi, c’est un acte citoyen, car j’agis pour minimiser les transports".
Nelly Serre et son mari voulaient faire leur retour à la terre. A Yerres, ils ont construit la maison de leurs rêves, alliant panneaux en bois aggloméré par la sève, récupérateur d’eau, panneau solaire et murs en pin. Le bois, une fois coupé et replanté en forêt, stocke du carbone.
Les composteurs ancestraux ont de l’avenir, s’ils sont bien aérés pour éviter l’émission de gaz. Grâce aux bacs distribués par la mairie et le SIREDOM, Jean-Marie et Jacqueline Delaval recyclent tous leurs déchets organiques dans leur jardin de Janville-sur-Juine.
À la Ferté-Alais, la pose d’un tuyau qui transfère la chaleur d’un compresseur permet à l’entreprise AMB de chauffer gratuitement son atelier toute l’année. « Aujourd’hui nous ne brûlons presque plus de gaz », confie son gérant Jacques-Henri Miguet, fier de son système D.