Elles sont quinze jeunes femmes, entre 18 et 29 ans, à participer à ce projet hors du commun dans le milieu de l’automobile : ouvrir un garage au féminin en janvier 2008.
Une fois leur bleu de travail zippé, l'équipe franchit la porte d’un hangar dans lequel flottent des effluves d’essence et d’huile auxquels viennent se mélanger leurs parfums aux notes vanillés.
Pendant deux ans, jusqu'en décembre 2007, elles ont appris les métiers de la mécanique et de la carrosserie et se sont formées à la comptabilité et la vente au centre "Base 34" à Vendargues, en zone industrielle de Montpellier.
Sandra, 23 ans, en formation comptabilité :
"Quand je me plonge dans la mécanique, je me prends complètement au jeu. Je sais bien que je ne soulèverai plus le capo d’un moteur quand j’exercerai mon métier de comptable au garage, mais je trouve que c’est enrichissant d’apprendre. Et puis c’est plus professionnel de tenir la comptabilité d’un garage en connaissant tous les postes, notamment pour la gestion des stocks ".
Blandine, 28 ans, en formation mécanique :
"Comme j’adore les voitures de sport et la vitesse, je n’ai pas hésité quand l’ANPE m’a contactée pour me proposer de passer l’examen d’entrée à Base 34. Et je ne regrette pas. Grâce à ce projet, on va pouvoir montrer que les femmes sont autant capables que les hommes".
Laura, 19 ans, en formation carrosserie peinture :
"C’est trop pas moi de couper les cheveux ou limer les ongles des autres, je préfère un métier qui me permette de sentir ma force. Et surtout, j’ai toujours aimé les voitures : leur esthétique, leurs lignes, c’est beau. Depuis quelque temps, je m’intéresse aussi au tuning. En dessinant des têtes de mort, des mangas ou tout simplement en créant une belle couleur originale comme un orange laqué, on arrive à les personnaliser. Une voiture, quand tu la décores bien, c’est comme une deuxième maison".
Ludovic, l’un des formateurs en technique de Base 34 :
"Non seulement les filles sont plus motivées, mais elles sont aussi plus minutieuses, surtout en carrosserie. Et puis elles apprennent plus vite, je pense que cela vient du fait que les garçons, eux, n’osent pas dire qu’ils n’ont pas compris telle ou telle chose, comme s’ils avaient peur de perdre la face devant leur bande de copains. Chez les filles, aucun complexe de ce genre, tant qu’elles n’ont pas intégré une information, elles posent des questions".
Caroline, 29 ans, en formation commerciale pour voitures neuves et d’occasion :
"A ma grande surprise, j’ai été très bien accueillie lors de mon premier stage en entreprise. Au bout de 15 jours, je changeais les courroies de transmission sur une Ferrari. Parfois, cela peut être un atout d’être une fille ! Plus sérieusement, ce qui me plaît surtout, c’est l’aventure humaine tellement extraordinaire que l’on est en train de vivre".
Caroline :
"C’est un message de liberté que l’on fait passer avec le garage au féminin. On montre, sans provocation, que tout le monde a le droit de faire ce qu’il a envie. Après tout, on ne vit qu’une fois".
Hervé Malige, fondateur et directeur de Base 34 :
"Aujourd’hui encore en France, on fait de l’orientation par défaut et non par choix. Les filles se retrouvent en esthétique ou en coiffure et les garçons en mécanique ou en maçonnerie. Or c’est la grosse galère de sa vie d’exercer un métier sans être passionné. Dans mon centre, on m’envoie ainsi des élèves en échec scolaire qui n’ont pas du tout envie d’intégrer un garage. Tout le contraire de ces filles".