fleche
Que reste-t-il du cinéma en Palestine ?
Texte: Aude RAUX
Photographies : Cédric FAIMALI

Textes de l'exposition : Que reste-t-il du cinéma en Palestine ?



« J’ai déposé une demande officielle auprès du service de presse israélien pour mon projet d’exposition consacrée au Cinéma en Palestine. On m’a répondu : La Palestine n’existe pas, veuillez reformuler votre proposition en inscrivant « Le cinéma en Israël, exemple à Gaza ».
Cédric Faimali, photographe associé au Collectif Argos.


Que reste-t-il du cinéma en Palestine ? Des bobines rouillées jonchant un sol poussiéreux. Des affiches délavées aux bords déchirés qui virent, volent, virevoltent au gré des courants d’air. Des portes murées aux serrures enchaînées. Une salle désertée sans éclats de rires, sans murmures et pleurs étouffés.


Sur l’ensemble du territoire palestinien, il y a une vingtaine d’années, on recensait 4 cinémas à Jérusalem Est, 4 à Ramallah, 4 à Naplouse, 3 à Bethléem, 4 à Gaza, 1 à Khan Younès et 1 à Raffa.
Depuis la première Intifada, déclenchée en 1987, ils ont été transformés en salles de mariage, en entrepôts de matériels sanitaires ou en parkings. Seul un cinéma résiste proposant des séances quotidiennes : L’« Al-Kasaba » ouvert en 2000, à Ramallah en Cisjordanie, grâce à des fonds occidentaux privés. Chaque jour son directeur se bat pour illuminer l’écran de ses deux salles de 367 et 280 places. « Que serait la vie sans la culture et l’art » ? se demande Georges Ibrahim. A l’affiche en ce mois de mars 2007 : World Trade Center. Pierrot le Fou. Sans oublier les incontournables films indiens et égyptiens. 


« Je travaille à Al Kasaba depuis son ouverture. Mais je continue d’habiter à Jérusalem. Chaque matin, je fais le trajet en voiture. Cela devrait me prendre un quart d’heure, mais avec tous les barrages militaires des Israéliens, la route est longue. Parfois, je mets 3 heures pour arriver jusqu’ici.
De la fenêtre de mon bureau, on voit l’avenue principale de Ramallah. Régulièrement, les ambulances passent, ainsi que les cortèges funéraires. Cela m’est devenu habituel. Or, cette vie n’est pas normale.
Ce que j’apprécie dans le cinéma, c’est qu’il nous emporte dans un autre monde. J’aime regarder les visages du public allant du rire aux larmes. Le cinéma c’est tellement plus que de la technique. On fait passer des émotions dans l’esprit des gens, et cela les poursuit longtemps après.
Mon projet serait de monter un cinéma mobile pour apporter les films à ceux qui n’y ont pas accès. Mais pas question, comme on me l’a proposé un jour, de réaliser des projections sur le mur de l’apartheid qu’érigent les Israéliens. Si vous l’utilisez, il existe. Si vous ne l’utilisez pas, il n’existe pas ».
Muaz Aljubeh, directeur technique d’Al-Kasaba.   


Dans la ville de Gaza, le Palestine Red Crescent Society a ouvert en 2000 une salle de cinéma de 400 places surnommé « El Hilal », Le Croissant. Une fois par semaine, cet organisme humanitaire organise des projections. Le centre culturel français y passe également des films deux fois par mois.
En ce mercredi 28 mars 2007, dans un immense brouhaha, 450 enfants de 7 à 15 ans, venus des camps de réfugiés de toute la bande de Gaza, regardent pour la première fois de leur vie des images s’animer sur un écran géant. Dans le cadre de la « Semaine de cinéma pour enfants », Spike Kids est projeté … en 3 D.


« Quand un enfant est amené à ramasser des cartouches de balle pour récupérer le cuivre et le vendre afin de pouvoir se nourrir, le cinéma paraît accessoire ».
Kamel, 27 ans. Responsable des relations générales dans la sécurité préventive. 


« Depuis la première Intifada, ma vie se résume à dormir, travailler, manger. Je n’ai plus l’occasion, dans cette prison à ciel ouvert qu’est devenue la Bande de Gaza, de m’évader en allant au cinéma. La dernière séance à laquelle j’ai assisté, on projetait un film indien. C’est toujours la même histoire, mais on ne se lasse pas de la recette : un peu d’amour, un peu de danse, un peu d’épices et un peu de combat ! Ce qui me rend le plus triste, c’est pour les enfants : Sans le cinéma, leur culture, c’est le sang ».
Mohamed, 44 ans, employé au département des relations internationales du gouvernement palestinien.


Construit en 1958, à Gaza, le cinéma Al Nasr pouvait accueillir 1500 personnes. C’était le plus grand de toute la Palestine. 5 films y étaient projetés chaque jour. En 1987, à cause de l’Intifada, plus personne n’ose s’y rendre. Le cinéma ferme. Pour rouvrir 7 ans plus tard ... pendant dix mois. Un après-midi, des hommes armés, certainement liés au Hamas, détruisent tout : les sièges, l’écran, le projecteur et les bobines de films. 


« Ce qui me manque le plus, c’est le rayon de lumière qui partait de la cabine de projection et allait illuminer l’écran ».
Tawfiq al-Qurm, fils du propriétaire du cinéma Al Nasr.


« A l’époque du cinéma Al Nasr, tous les jeudis soirs, une foule bien habillée se pressait pour voir la dernière création égyptienne. A la sortie, les gens prenaient le temps d’échanger leurs impressions. Aujourd’hui, ils sont seuls devant leur télévision ».
Amany Kirim, fille du propriétaire du cinéma Al Nasr.


« Mon film préféré ? C’est le cinéma ».
Nabil Diab, coordinateur culturel au Palestine Red Crescent Society à Gaza.