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Qui sème l'espoir…
Texte : Aude RAUX
Photographies : Jérômine DERIGNY

 
« Quand j’ai croisé ce groupe de vieilles Méditerranéennes, j’ai été scotchée par leurs magnifiques visages. Moi qui ai un pied en Espagne de par ma mère, l’autre en Italie de par mon père, et le cul en Méditerranée, je me suis tout de suite sentie proche d’elles ! Je leur ai demandé : Vous chantez ? Elles m’ont répondu : Pourquoi pas ?
Aujourd’hui, je suis comme la sage-femme d’un répertoire, l’accoucheuse d’un savoir qu’il faut valoriser et transmettre aux nouvelles générations. C’est important de connaître ses racines pour se forger sa propre identité. » »

Joséphine Lazzarino animatrice de l’atelier Chants du monde à la Maison des Tilleuls au Blanc-Mesnil.

« - Les enfants, ils connaissent mieux que nous leur corps.
- Voilà, ils sont plus éveillés que nous.
- De nos jours, ils regardent tous la télévision. Et même à l’école, ils apprennent le corps.
- Avant, c’était pas pareil. C’était honteux. Choquant même. On n’avait pas le droit de parler de ça.
- Depuis le dernier atelier santé, j’en ai parlé avec mes filles et même avec mes garçons.
- Une fois j’ai osé dire à mon fils : attention, il y a le sida. Il faut mettre les préservatifs ».

Dialogue entre les participantes de l’atelier Santé-Connaissance du corps organisé par l’association Femme dans la Cité à Stains.
« Il faut savoir se remettre en cause : Les facteurs d’intégration n’ont pas fonctionné en France, que ce soit le logement, le travail ou l’école.
C’est pour permettre à ceux qui sont les plus exclus de s’intégrer qu’on a créé le Ricochet. Prenez un groupe de jeunes, et bien la solidarité qui règne entre ses membres, on la transforme de façon positive en les mettant en situation réelle de travail sur un chantier dans le bâtiment. »

Yahia Bellakhal cofondateur et directeur de l’association Le Ricochet à Aulnay-sous-Bois.
« Personne n’est inemployable. Comment rapprocher l’emploi des jeunes ? C’est ça la question. C’est l’emploi qui est loin d’eux et non l’inverse. Et pourtant, regardez autour de nous tous les chantiers de réhabilitation qui sont lancés sur Aulnay. »

Mohammed Bensaber, chargé d’insertion à l’association Le Ricochet.
« Je voulais participer au projet "Qui sème l’espoir…" parce que les gens ils ont peur de nous. Je voudrais leur montrer qu’ici, dans le 9-3, c’est pas le ghetto. »

Fahd, 18 ans, suivi par l’établissement éducatif la Fabrique de Mouvements à Aubervilliers.
« J’ai quitté le Mali pour la France en 1990. Je parle couramment la langue, mais je ne sais ni lire ni écrire. Je me suis décidé à venir à l’Asti prendre des cours après avoir raté une formation qualifiante à cause de ça. Et puis c’est difficile quand on me donne une adresse au téléphone pour aller en entretien d’embauche. Je ne peux quand même pas leur demander de m’épeler lettre par lettre : "R-U-E D-U" … Alors je retiens dans ma tête et puis je demande à un copain de m’écrire sur un papier. »

Demba Doukouré, élève de l’atelier de socialisation à composante langagière proposé par l'Association de soutien aux travailleurs immigrés à Clichy-sous-Bois.
« On voit des trucs de fou ici dans le quartier de la Forestière, comme des couches-culottes jetées par les fenêtres. Mais quand on se retrouve au bout de trois mois toujours sans ascenseur, on peut comprendre. Un jour, j’ai fait un atelier "environnement" avec des enfants dans la résidence du Chêne Pointu. On est resté toute l’après-midi à nettoyer seulement 10 m2 tellement il y avait des étages de détritus. Heureusement qu’a été lancé le Plan de Rénovation Urbaine pour réhabiliter tous les logements. Et profiter des Balades urbaines pour les informer de ce projet de rénovation tout en les sensibilisant au thème du "mieux vivre ensemble ". »

Béatrice Péru, coordinatrice des actions enfance et jeunesse à la ville de Clichy-sous-Bois.
«Les Bosquets, c’est la misère, avec le fort taux de chômage, l’économie parallèle sur laquelle on ferme les yeux, l’absence de bacs à sable pour les enfants, les pannes récurrentes d’ascenseur dans les tours… La violence, elle est là. Si la colère explosait proportionnellement à la violence que les habitants subissent au quotidien, je n’imagine même pas ce qui se passerait. Et pourtant, au milieu de toute cette grisaille, on peut faire sortir quelque chose de magnifique. La preuve avec le Défilé des cultures. Ce droit de faire du beau doit être accessible à tout le monde. »

Annick Teinturier, coordinatrice du centre social de la Dhuys sur Clichy-sous-Bois et Montfermeil.
« Quand on n’a pas les moyens de partir en vacances, proposer des activités pendant l’été à l’air libre le long du canal de l’Ourcq, c’est tout positif. Ça permet une belle sortie à mes deux enfants. Et surtout, ça les change de la télé. »

Samira, maman de Fayssal, 7 ans et Chahin, 3 ans. Bobigny.
« J’ai dit à mon grand frère que j’allais acheter des livres à la Fnac avec mes Chèques-Lire, il m’a demandé d’en prendre pour lui. J’ai dit Non. Je veux tout pour moi. Là, j’ai acheté un Bescherel conjugaison parce que je sui nul : au lieu d’écrire les verbes à l’imparfait je les fais au futur alors ça change tout le sens des phrases. J’ai déjà fait des exercices dedans. J’ai acheté aussi un dico, des BD des Simpsons et un truc sur les momies. J’étais grave content. »

Nazir, 10 ans, inscrit à l’aide aux devoirs de l’association Culture et Solidarité à Noisy-le-Grand et bénéficiaire de l’opération Lire, Ecrire, Grandir en Seine-Saint-Denis organisé par la CAF.
« Le chantier international de jeunes volontaires est un bon moyen d’élargir le champ d’horizon des jeunes des cités, eux qui ont une réelle volonté d’ouverture, sans en avoir les clefs. »

Salim Hocini, animateur à Villetaneuse sur le chantier de la Butte Pinçon.
« J’ai l’impression d’avoir éclairé un nouveau couloir : La voile c’est spécial et c’est ça qui est génial. Tu dois être super concentré, obéir aux ordres du skipper, faire attention aux copains. C’est ensemble qu’on a fait avancer le voilier et gagné la coupe. »

Titouan, 14 ans, participant au Trophée des Bahuts organisé par Promovoile 93.
« Sortis du contexte de la cité, quand ils n’ont plus leurs repères, je suis frappé de voir à quel point les jeunes des cités sont respectueux des adultes. En un week-end de voile, tous les clichés s’effondrent. »

Guy Albertini, bénévole à Promovoile 93, association organisatrice du Trophée des Bahuts.
« Mon père, à la fin du spectacle, il m’a dit "chapo" en levant le pouce. Normalement, pour la fête de l’école, on fait des chorales. C’est bien, mais ça fait bébé quand même. Là, grâce Djahyef , on a écrit notre propre musique de hip hop et nos textes aussi qu’on a chanté. C’est autre chose, hein ?

Julien, de son nom de scène "HHH du 93", élève à l’école Marie Curie à Tremblay coaché par Djahyef du groupe de beat box La Secte Phonetik.
« J’ai amené tous mes amis au concert de la Secte Phonétik pour agrandir le cercle des adeptes. J’aime leurs chansons : il y a beaucoup d’humour. Ça change du rap violent. »

Anaïs, adepte de la Secte Phonétik, un groupe de Human Beat-Boxing en résidence sur la scène Jean-Roger Caussimon à Tremblay-en-France.
« Ici, c’est tellement différent que de travailler à l’usine. Je comprends que pour quelqu’un qui n’a jamais touché une pelle et une pioche ce soit difficile, mais être en contact avec la nature, travailler avec de la vie, récolter ce qu’on a semé, c’est tellement valorisant. »

VÎnh-An Tran, responsable du Jardin biologique d’insertion du Pont-Blanc à Sevran.
« On n’est pas d’accord pour que ça se passe comme ça. Ensemble, on peut trouver des pistes d’action pour agir autrement dans le futur. C’est un peu comme un entraînement à la vie. »

Clara Guenoun, comédienne et animatrice à la compagnie Naje, Nous n’Abandonnerons Jamais l’Espoir.