Pour M. Tran, son jardin permet de lutter contre l'exclusion de ceux qui sont considérés comme "inemployables" au regard des critères de plus en plus exigeants des entreprises : "les sans diplôme ni expérience, les chômeurs de longue durée, les immigrés qui n'ont jamais travaillé en France, les personnes confrontées à des problèmes d’addiction et les sans domicile fixe. Moyenne d'âge : 35 ans."
"Face à l’appauvrissement des financements de l’Etat, que va-t-il se passer quand les associations ne pourront même plus s’occuper de l’insertion des plus fragiles ? Les rapports entre les gens vont devenir de plus en plus violents."
Nadine, chargée d’insertion sociale et professionnelle au Jardin.
"C’est la mission locale qui m’a parlé du jardin. Heureusement. J’étais tellement malheureux de ne pas travailler. A force de rester chez moi, j’étais énervé. Je dormais, je regardais la télé, je mangeais, je jouais au foot. Et puis je finissais par donner des coups de poing dans un sac."
Zachari, 19 ans, en contrat aidé.
"Je suis arrivée du Burkina Faso il y a cinq ans. Là-bas, je ne suis jamais allée à l’école. Ici, après une formation de français, j'apprends à travailler."
Maryam, 25 ans, en contrat aidé.
Ce jardin, c'est l'apprentissage d'un métier physique structuré par les saisons pour des personnes à la vie vagabonde.
30% d'entre elles trouvent, à leur sortie, un CDD ou un CDI...
... soit dans le maraîchage et les espaces verts, soit comme auxiliaires de puériculture ou de vie, vendeurs ou agents de nettoyage.
Sur une étendue de trois hectares, l’environnement devient ainsi un outil au service de l’insertion.
Si les salariés du jardin sont mis en situation de "vrai" travail, avec des horaires et des règles à respecter, des collègues et une hiérarchie, ils ont droit à l'erreur.
De même, ils bénéficient d’un suivi social pour les aider à résoudre leurs problèmes de logement ou de santé ainsi que d'un accompagnement dans leurs démarches professionnelles.
Pour Nadine, chargée d’insertion sociale et professionnelle, "Le plus important, c’est de leur faire comprendre qu’ils ne sont pas seuls."
Tous les fruits et légumes sont cultivés sans engrais chimiques ni pesticides.
"On n’a rien créé de nouveau avec l'agriculture biologique : nos grands-parents cultivaient déjà comme ça. C’est juste une question de bon sens quand on voit les conséquences de l’agriculture intensive sur l’environnement.
La faute à notre société, non pas de consommation mais de sur-consommation, qui te pousse à acheter le dernier téléphone, le dernier ordinateur, la dernière télé. Comme si c’était vital…"
M. Tran, agronome, a travaillé pendant 25 ans en Afrique pour développer des projets ruraux.
"En banlieue, on mange de la merde, comme des snacks ou des chips. Le reste, c’est trop cher. Et puis les gens ne savent pas ce qui est bon pour leur santé. Ici, on découvre les fruits et les légumes bio. Ça fait du bien. Qu’est ce que j’aimerais prendre racine dans ce jardin !"
Jocelyne, en contrat aidé.
Chaque année, près de 4000 paniers bio regorgeant de salades, de bottes de radis, de concombres, de fèves et de courgettes sont vendus aux 120 adhérents de l'association.
Le prix : 8 euros pour 5 kilos. Trop élevé pour les habitants de la cité du Pont Blanc plus soucieux - faute de moyens financiers - du rapport "quantité/prix" que "qualité/prix".
Alors, pour eux, l'association Aurore a aménagé un jardin partagé en novembre 2008.
Ici, lors d'une assemblée générale.
Le jardin partagé est divisé en 25 parcelles individuelles. Chacune mesure 20 m2. Tous les outils sont mis en commun.
Les habitants de la cité y font pousser - là aussi naturellement - des fruits, des légumes, des fleurs. Et même des arbres fruitiers comme des abricotiers et des pruniers.
"Ce qui est bien dans le Jardin partagé, c’est que toutes les nationalités se croisent. Comme chacun a sa façon de cultiver la terre, on échange des conseils. Par exemple, Mohammed, il met des piments rouges sur sa parcelle pour que les merles ne mangent plus ses salades !"
Claudine, retraitée, membre du Jardin partagé.
Un jardin pédagogique accueille également les élèves de l'école maternelle et primaire voisine. L'occasion pour ces jardiniers en herbe d'observer le cycle de la nature : "On travaille la terre, on plante une graine, on arrose, on obtient une floraison puis un légume. Et on croque dedans !"