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Tchad : marée basse sur le lac
Texte: Aude RAUX
Photographies : Cédric FAIMALI

 
En fin de journée, les enfants viennent chercher de l'eau à la mare. Village de Kinesarum construit sur le fond du lac.
Avec l'affaiblissement de la mousson africaine, le lac Tchad a perdu 80 % de sa superficie. Autrefois grande voie navigable, c'est désormais un marécage où les pirogues, devenues inutiles, pourrissent.
Maloum Oumar Barka, 57 ans, tchadien, pose ses lignes d’ameçons dans les eaux peu profondes du lac (40 centimètres maximum). Pas besoin d’appât : les poissons s’accrochent dans cet enchevêtrement de lignes.
Pêcheur nigerian, venu avec ses enfants sur l'île de Blarigui, dans les eaux tchadiennes du lac, pour pouvoir continuer à vivre de son métier.
Le marché hebdomadaire de Blarigui, dans les eaux tchadiennes du lac, est un important lieu d’échanges. On y vient des îles alentour pour s’approvisionner en matières premières. Les grossistes nigériens achètent le poisson-chat fumé, dont les habitants du Niger sont très friands.
Dans les années soixante, l’eau était profonde de six mètres en moyenne. Désormais, sa hauteur n’atteint plus qu’un mètre cinquante. Même à des kilomètres du bord, les habitants du lac ont toujours pied.
Jacques Lemoalle, chercheur à l’IRD : " Dans cette région, non seulement les pêcheurs mais aussi les éleveurs et ceux qui viennent cultiver dans les fonds du lac à cause d'un manque de pluie sur leur territoire initial sont des réfugiés climatiques ".
L’affaiblissement de la mousson africaine est tel qu’en quarante ans, la quatrième plus grande réserve d’eau douce d’Afrique a perdu 90 % de sa surface. Le lac Tchad ne parvient même plus aux frontières du Nigeria et du Niger, privant totalement ces pays de leur accès à l’eau.
Samuel Ngargoto, 35 ans, pêcheur camerounais et Didina Diate, 47 ans, pêcheur tchadien, se sont associés pour la pêche. Ils relèvent deux fois par semaine leurs casiers Gourras. Cette technique de pêche a été apportée par des femmes pêcheurs maliennes. Le poisson sera ensuite fumé pour être mieux conservé puis vendu au marché hebdomadaire de Blarigui.
Mahamat Ayouba, 29 ans, l’un des rares pêcheurs à utiliser encore la technique de « l'épervier ». Cette pêche n'est désormais possible que là où le lac est le plus profond.
Projet de plantation sur les parties asséchées du lac. Mousa Mahamat, 24 ans, Tchadien de la tribu Kanembu et ancien pêcheur, s'épuise sous un soleil de plomb (+ 45°c) à essayer de niveler la parcelle de terre que l'Etat lui a octroyée, pour en faciliter plus tard l'irrigation.
Retour du marché aux poissons. Sur les îles du lac Tchad, le poisson est le plat quotidien, agrémenté de mil ou de riz.
Un groupe de jeunes pêcheurs tchadiens, qui a suivi, sur 30 kilomètres, le retrait des eaux du lac, regarde, après une longue journée de labeur, passer les pirogues dans le soleil couchant. Ces hommes retrouvent leurs familles une fois l’an quand ils ont amassé suffisamment d’argent. Ils investissent ensuite dans des vaches pour leur retraite.
Près de Bol, le sol se craquelle sous l’effet de la sécheresse prolongée.
Des familles de pêcheurs venus du Niger, du Nigeria et du Cameroun se sont réfugiés au Tchad, sur l’île de Blarigui, en quête d’eaux poissonneuses.
Des familles de pêcheurs venus du Niger, du Nigeria et du Cameroun se sont réfugiés au Tchad, sur l’île de Blarigui, en quête d’eaux poissonneuses.
Près de Bol, bras du lac Tchad asséché.
Souvenir de son « passé glorieux », des péniches rouillent sur le lit du lac. Témoignage d’une autre époque où le lac était navigable et constituait un axe important pour le commerce entre les pays riverains.
Village de Bol. Partie tchadienne nord.
Pêche miraculeuse. L’assèchement du lac empêche les poissons de grossir. On ne fait plus, aujourd’hui, de grosses prises.
Ile de Blarigui.
Jour de marché sur l’île tchadienne de Blarigui, dans la partie nord du lac. Les habitants, qui ne veulent pas se mouiller, s’y rendent sur des pirogues qu’il faudra pousser, de toute façon, faute d’une profondeur suffisante pour naviguer.
Samuel Ngargoto, 35 ans, pêcheur camerounais, prend son bain quotidien dans le lac.
Ile de Blarigui, Tchad.
Ile de Blarigui. Après le marché, une fête est organisée, avec combat de lutte entre pêcheurs.
Pêcheurs venus du Nigéria. Ile de Blarigui.
Ile de Blarigui. Après le marché, une fête est organisée, avec combat de lutte entre pêcheurs.
Projet de plantation sur les parties asséchées du lac. Le sol étant riche en limon, l’Etat tchadien offre des parcelles de terrains aux familles de pêcheurs en échange d’une partie de leurs productions. Le but étant d’assurer l’autosuffisance alimentaire des populations de cette région.
Près de Bol, dans la partie Est du lac Tchad, un ancien bras du lac asséché.
Village de Bol, au nord de la partie tchadienne du lac. Avant la tombée du jour, les femmes viennent laver le linge dans un plan d’eau, « souvenir » d’un bras du lac.