Construite en 1947 sous la houlette d’ Ernest Oppenheimer, magnat de l’industrie minière, Welkom incarnait la cité « idéale » sous l’Apartheid. Une société ségréguée avec un centre-ville offrant le confort de la vie moderne : terrain de cricket, ronds-points fleuris, palmiers, théâtre et avenues à quatre voies. Mais depuis la fermeture des puits, « circle city » fonctionne en vase clos.
Sur le site d’un foyer construit pour héberger les travailleurs migrants noirs du Lesotho et du Transkei pendant l’Apartheid, un mineur au chômage attaque à coups de masse les décombres des baraquements pour revendre leur métal aux ferrailleurs. Après la ruée vient le temps de la liquidation d’un « âge d’or » réservés à quelques uns.
Il y a 10 ans, il y avait une trentaine de puits encore en activité. Mais depuis la « restructuration », ces silhouettes rouillées venues d’un autre âge hantent le paysage de Welkom.
La fermeture des puits, aussi brutale qu’inattendue, se lit dans cette salle des lampes d'une mine désaffectée. L’or devait apporter la prospérité pendant 50 années promettait pourtant le discours inaugural de Welkom.
Alfred, ancien mineur pour Harmony récupère les fers à bétons pour les revendre à la casse. "Il n’y pas d’autre moyen de gagner de l’argent pour nourrir ses enfants, sa femme et sa famille…C’est comme ça qu’on vit… "
Quartiers désertés par les employés blancs, mines en déshérence : Welkom n’est guère accueillante. Depuis qu’Anglo American, l’entreprise qui l’a façonnée, l’a finalement quittée, « circle city » vit en vase clos.
Thabong, le township où vivait la main d’œuvre noire des mines de Welkom, est devenu la plaque tournante du trafic de l’or. Par grand vent, la nuit, elle se couvre de poussière, cette « pluie du free state » apportée par les terrils.
Papi, 29 ans, est un petit caïd. Trafiquant d'or et de diamant né à Thabong, il rêve de pouvoir monter sa propre équipe d'illégaux, de revendre lui-même sa production à Joburg et un jour, de devenir « un boss ».
La femme de Papi reçoit des amies chez elles. C'est l'intérieur classique d'une maison de Thabong.
Papi, 29 ans, est un petit caïd. Trafiquant d'or et de diamant né à Thabong, il rêve de pouvoir monter sa propre équipe illégaux, de revendre lui-même sa production à Joburg et un jour, de devenir « un boss ».
Lisani et sa femme. « Desperados » a déjà purgé une peine de trois ans de prison. Accro à l’or, ce zama zama continuait de voler dans les raffineries pendant sa conditionnelle. Installé à Welkom, il n'a pas d'autre emploi en vue et peut passer quatre mois sous terre.
Thabong, dans un quartier pauvre.
Comme ses collègues zamas, desperados va voir son Sangoma, le sorcier du township, avant de partir pour de longs mois. Cette cérémonie lui assure une protection contre la malchance : éboulement, incendie, maladie ou arrestation...
Jack, un des revendeurs contrôlant le G-Hostel, prétend récupérer plusieurs kilos d’or chaque semaine, qu’il revend sur les marchés noirs de Johannesburg et du Cap, moitié moins cher qu’au cours officiel.
Jack, un des revendeurs contrôlant le G-Hostel montre un peu de sa production. Pour tromper les acheteurs et les policiers, les habitants du G-Hostel substituent souvent l’or par de la pyrite, appelé aussi l’or du fou. Il se peut que ce soit le cas pour certains de ces amalgammes.
Peu de gens osent s'aventurer dans le G-hôtel à Welkom. Cet ancien foyer de travailleurs est devenu un taudis insalubre, où l'or des mineurs illégaux se fond, s'achète et se vend.
A Welkom, l’ancien hébergement pour mineurs itinérants, le G-hôtel, est devenu un taudis insalubre. C'est là que l'or des mineurs illégaux est fondu et purifié, avant d'être acheté puis "blanchi" par divers intermédiaires.
Dans une société où tout est à vendre, même les panneaux des commissariats sont sponsorisés par Coca-Cola…
Ces deux mineurs illégaux viennent de se faire arrêter après deux mois passés au fond. Une fois devant la Cour, ils s'en tireront avec une amende de 200€, en général payée par les boss qui recrutent et « sponsorisent » les mineurs clandestins.
Les bassines servant à extraire l'or occupent une aile entière du commissariat de St Héléna. Saisi au cours de six mois d’intervention au G-Hostel et encore imprégné de mercure, ce matériel contamine les sols ainsi que les personnels de la police.
Devant un des nombreux terrils entourant la ville, ce jeune homme s’apprête à exécuter la « gumboot dance » pour la journée où les sud africains commémorent leurs souffrances passées. Cette danse est héritée des mineurs, qui, pendant l’Apartheid, communiquaient ainsi dans les mines d’or afin d’alléger la pénibilité du travail forcé.
Ha-Noko est un village peuplé principalement de vieillards, de femmes et d’enfants qui portent une couverture traditionnelle pour se protéger du froid hivernal rigoureux. Dans ce pays montagneux qu’est le Lesotho, les jeunes hommes émigrent en Afrique du Sud pour travailler et succombent parfois au piège de l’argent facile que procurent les mines clandestines.
Ce père de famille a perdu un de ses enfants dans un accident qui a fait 87 morts parmi les illégaux en mai dernier. « Je vais bien, ne t’en fais pas », lui disait son fils toujours porté disparu. Aujourd’hui, il déverse sa colère contre son gouvernement qui n'offre aucune alternative à ceux qui tentent leur chance dans les mines de Welkom.
• Le Lesotho est un pays doté de très peu de ressources, dont la population est habituée depuis plus d’un siècle à travailler dans les mines pour améliorer l’ordinaire. Mais la crise qui sévit dans l’industrie de l’or précipite aujourd’hui les candidats au départ dans les bras des recruteurs venus de Welkom.
Le moulin communautaire permet aux paysans de transformer leur maïs en farine. Il appartient à un mineur clandestin qui investit ses gains dans son village.
Le moulin communautaire permet aux paysans de transformer leur maïs en farine. Il appartient à un mineur clandestin qui investit ses gains dans son village.
• Cet homme, vêtu de la couverture traditionnelle du Lesotho, porte en dessous une combinaison et des bottes de mineur. Revenu au village après l’accident de mai 2009, il fait parti des jeunes recrutés à Ha-Noko. Sur les 87 victimes, une quinzaine venait de ce petit village perdu au coeur des montagnes.
Posant dans son intérieur cossu, Dominic (nom à changer) travaille pour Protéa, la compagnie de sécurité chargée de surveiller les mines d'Harmony. Il est passeur pour des illégaux à raison de 500€ le ticket aller-retour. Agents de sécurités, opérateurs en charge des ascenseurs, légaux ayant accès à la nourriture ou aux explosifs, beaucoup d’intermédiaires prospèrent sur le dos des mineurs illégaux.
Photos saisies par la police lors d'une opération spéciale au fond d’une mine. Un mineur fume un joint de marijuana. Normalement, il est strictement interdit de fumer au fond, mais l’âpreté de cette vie implique fatalement quelques entorses au règlement. Le dernier accident qui a fait 87 morts a été causé par un incendie.
Photos saisies par la police lors d'une opération spéciale au fond d’une mine. Les illégaux célèbrent ici le jour de la « paye ». Au fond tout s’achète très cher -nourriture, alcool, drogue, femmes de réconfort- et il faut détenir beaucoup de liquide pour pouvoir survivre.
Photos saisies par la police lors d'une opération spéciale au fond la mine. Les clandestins peuvent utiliser des explosifs mais le travail se finit au burin. Il leur arrive aussi d’utiliser des marteaux piqueurs électriques laissés derrière eux par les mineurs légaux.
Le puits numéro 3 est situé en plein cœur de la ville. Il est fermé depuis plusieurs années mais toujours gardé, pour éviter les pillages et l'intrusion de mineurs clandestins.