Bonobo Peace Forest

Un sanctuaire sous pression

En 2002, l’association congolaise Vie Sauvage et l’ONG américaine Bonobo Conservation Society ont créé une réserve dans la forêt de Kokolopori, près de Djolu, afin de protéger les derniers groupes de bonobos qui y vivaient.

Vingt ans plus tard, comment cette initiative a-t-elle résisté à l’épreuve du temps ? Dans cette région reculée de la jungle congolaise, nous avons suivi les chercheurs qui observent quotidiennement ces primates graciles et sociables. Quelques groupes de 20 à 30 individus parviennent encore à survivre, alors que la plupart des autres espèces animales ont été décimées par la chasse. Les populations locales, quant à elles, expriment leur frustration croissante face à l’absence de soutien de l’État, qui ne finance ni écoles ni infrastructures médicales dans cette zone enclavée.

Pour maintenir cet équilibre fragile, la Bonobo Conservation Society mise aujourd’hui sur le mécanisme des compensations carbone, espérant ainsi inciter les villageois à adopter des pratiques plus durables. Pourtant, la survie de la « Bonobo Peace Forest » reste incertaine.

À 40 kilomètres de là, le village de Wamba abritait depuis 1973 le premier centre d’étude des bonobos en milieu naturel, fondé par des primatologues japonais. Après 50 ans de recherche, ces scientifiques ont choisi de se retirer en 2023, en raison de tensions croissantes avec les habitants, qui réclamaient davantage de bénéfices économiques liés à leurs travaux.

Mais au-delà de ces enjeux humains, c’est l’écosystème tout entier qui vacille. La forêt subit une pression constante : la croissance démographique alimente l’agriculture itinérante sur brûlis et la production de charbon de bois, accélérant la déforestation. À cela s’ajoute l’exploitation forestière industrielle, souvent menée par des entreprises chinoises opérant en toute illégalité ou sans respecter les normes environnementales.

Face à ces menaces multiples, préserver ce sanctuaire devient chaque année un combat plus ardu.

Auteurs

Photos : Gwenn Dubourthoumieu

Texte: Guillaume Jan