Gibier de brousse
Dans le bassin du Congo, la population d’animaux sauvages a chuté de 2/3 en cinquante ans, du fait de la déforestation croissante, de la pression humaine et de la surchasse. Pourtant, dans les grandes villes, la demande de viande de brousse n’a jamais été aussi forte. Selon la Wildlife Conservation Society (WCS), plus de 33.000 tonnes de gibier sont vendues chaque année à Kinshasa, la capitale de la RDC, où il existe plusieurs circuits d’approvisionnement (plus ou moins légaux).
En traversant la forêt congolaise d’est en ouest pendant dix semaines, nous avons enquêté sur ce rapport particulier qu’entretiennent les habitants avec les animaux – ils les connaissent bien mais considèrent qu’à partir du moment où ils sont comestibles, il n’y a aucune raison de ne pas les chasser et les manger. Nous avons suivi des chasseurs et des transporteurs sur le fleuve ou à moto, des vendeuses sur les marchés et des restaurants qui en proposent dans les villes. Nous avons accompagné des chasseurs (à mains nues) de crocodiles dans les marécages et trouvé la dépouille d’un des derniers léopards de la région de Mbandaka, sur l’équateur, tué cinq jours plus tôt. Nous avons vu des chimpanzés, des pangolins ou des chauve-souris sur les étals – trois ans après la pandémie de Covid, aucune précaution sanitaire ne semble respectée. Nous avons également suivi des chercheurs de l’Université de Kisangani qui travaillent sur les zoonoses, ces maladies transmises par les animaux à l’homme.
Photos : Gwenn Dubourthoumieu
Texte: Guillaume Jan