Kinshasa Makala

Le charbon de bois, première source de déforestation autour de Kinshasa

Peuplée de plus de 16 millions d’habitants, la capitale de la République démocratique du Congo n’a qu’un accès rare et irrégulier à l’électricité. Et il n’existe pas de réseau urbain de gaz. Pour les feux de cuisson, les Kinois utilisent du charbon de bois (makala en lingala). Cinq millions de tonnes y sont brûlées chaque année. En RDC, la production de makala est la première cause de déforestation aux abords des villes. Elle est en augmentation permanente compte tenu de l’accroissement démographique (la population double tous les 25 ans). Essentiellement fabriqué artisanalement, ce charbon est livré quotidiennement par la route ou par le fleuve.

Nous sommes allés voir où et comment il était produit. Nous avons vu les forêts détruites dans un rayon de 500 kilomètres autour de la mégapole et nous avons écouté les habitants nous raconter pourquoi ils déciment leur environnement – alors qu’ils ne trouvent pas d’autres sources de revenus pour faire vivre leur famille. Nous avons tenté de mesurer les conséquences pour la planète qu’entraîne cette source d’énergie qui semble si anachronique et nous nous sommes intéressés aux alternatives mises en œuvre pour limiter la destruction du couvert forestier congolais.

La première serait de doter le pays d’un vrai réseau électrique, notamment en utilisant l’énergie du fleuve Congo et de ses affluents : perspective techniquement réalisable dans ce pays gorgé d’eau, mais qui n’est pas vraiment à l’ordre du jour. D’autres initiatives développent des plantations d’acacias dans les zones déforestées, qu’elles associent à des projets d’agroforesterie. Il y en a quelques-unes autour de Kinshasa. Nous avons également suivi le travail de Cédric Onoya, qui a monté un projet de recyclage des déchets pour en faire des briquettes de charbon. D’autres idées émergent : micro-barrages pour produire de l’électricité verte, construction de fours à carbonisation, « foyers améliorés » qui consomment moins de charbon que les braseros traditionnels, etc. Mais le problème reste encore loin d’être réglé et, chaque jour, un à deux km2 de forêt disparaissent pour alimenter les feux de cuisson de Kinshasa.

Après une immersion de dix semaines sur le thème de la forêt congolaise, nous ramenons un travail approfondi sur les circuits de production du charbon, depuis les arbres coupés jusqu’aux habitations de Kinshasa, la première des « makala cities » en Afrique.

Auteurs

Photos : Gwenn Dubourthoumieu

Texte: Guillaume Jan